Où est, en effet, dans le délire onirique, le rôle des complexes et du refoulement ? Aussi cette activité est-elle déformée par les apports sensitifs insolites, inélaborés et impérieux, d’une cœnesthésie exclusive parce que privée de tout contrôle sensoriel. Depuis quelques années, surtout depuis l'exposition Freud aux États-Unis, on assiste à une montée de critiques à caractère moral basées sur la personne de Freud (il aurait été un « menteur », un « charlatan », un cocaïnomane) et sur ce que cela implique en termes de validité scientifique.[réf. Il serait temps de la rapprocher d’autres conceptions plus générales sur la constitution névropathique [3]. Car sans ces deux conditions indispensables, estime Popper, un fait particulier qui comporte en lui-même la possibilité d'une réfutation peut très bien n'avoir qu'une valeur accidentelle ou « subjective ». Selon les plus récents travaux des « Freud scholars » (Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani), Freud n'aurait, en travaillant reclus dans son cabinet et en excommuniant systématiquement les critiques, bâti que « sa science privée », ainsi que des légendes autour de son personnage et de sa doctrine afin de mieux imposer l'objectivité de ses études et de ses résultats d'une part, et de rigueur et d'honnêteté de ses méthodes d'autre part. Il ne s’occupe pas de leurs références scientifiques : ce sont en règle générale celles de la psychiatrie classique »[112]. [1] Voir la première partie : « Exposé des théories de Freud » dans la Rev. des 15-30 août 1923, t. XXXIV, p. 456. ». Le nouveau-né commence à sucer presque immédiatement, alors que les fibres nerveuses du cerveau sont inactives. nécessaire]. Il y a certainement, dans pas mal de rêves, réalisation imaginative de désirs. Cette exigence est-elle justifiée, ou leurs adversaires ont-ils raison de leur reprocher que cette exigence est celle des doctrines ésotériques, dont la vérification équivaut à une pétition de principe ? Le monument grandiose élevé, avec tant de labeur, à la psychologie dynamique de l’inconscient par Freud, est sapé dans ses fondements, depuis plusieurs années, par des savants partisans de la psychologie traditionnelle, et menace de s’écrouler. ». La théorie de l’inconscient réintroduit une forme de transcendance en l’homme, une sorte de nouveau Dieu qui dépossède l’homme de sa liberté. Le livre Le Livre noir de la psychanalyse montre grâce aux travaux d'historiens[réf. Il faudrait de part et d’autre éviter le parti pris (de Montet). Le principe du dogme du psychodynamisme peut trouver son expression dans l’idée du refoulement et dans celle, dérivée du symbolisme, que Régis et Hesnard énoncent de la façon suivante : les symptômes des psychonévroses sont des manifestations symboliques des tendances instinctives refoulées. Freud: Concepts fondamentaux de la théorie et de la psychanalyse freudienne - Ebook written by Sylvestre CLANCIER. Cet exemple est considéré comme représentatif par les critiques quant au manque de rigueur de Freud face aux faits. Hobson précise en outre, qu'il est illusoire de vouloir comparer la psychanalyse à l'astronomie (puisque Freud voulait se comparer à Galilée et Copernic), même si leurs objets de recherche respectifs ont ceci de commun qu'il est très difficile de faire des expériences. Pour Popper, cette forme de déterminisme prima faciae et absolue, n'est absolument d'aucune utilité pour la science car elle ne peut avoir strictement aucune valeur explicative. « […] la falsifiabilité, au sens du critère de démarcation, ne signifie pas qu'une falsification puisse être obtenue en pratique ou que, si on l'obtient, elle soit à l'abri de toute contestation. ». Pour être affilié à une association de psychanalystes, le praticien doit avoir été lui-même analysé par l'analyse didactique. Même si cette description d’un cas négatif aboutit au fait que ce cas n’est pas aussi négatif que cela, parce que Freud évidemment n’aimait pas beaucoup trouver des cas vraiment négatifs… » Laplanche écrit que Freud ne réfutait pas les autres conceptions que la sienne, lui reprochant son manque de tolérance. », « d'une certaine manière, les théories de Freud. Puis l’application de la théorie du pansexualisme au traitement des psychoses a parfois froissé les scrupules de certains psychiatres. La constitution émotive crée en effet, chez le sujet, une prédisposition toute particulière à l’impressionnabilité, à l’anxiété, à la lutte des tendances et au drame intérieur. Ainsi, la théorie freudienne affirme que le passage d'un stade à l'autre, dans la construction de la personnalité, ne peut s'accomplir qu'au prix d'une crise caractérisée par l'apparition d'un complexe. Les conceptions de Freud et de ses élèves sur les rêves sont les systématisations de lois élémentaires conçues par Maury, Delage, d’Hervey, Delbœuf, Tissié, Maine de Biran, etc. La transformation des faits, grâce à toutes les méthodes de condensation, de déplacement, d'élaboration secondaire, de dramatisation peut être énorme, et il en résulte qu'un fait quelconque peut signifier tout ce que l'on voudra. Chapitre 4 partie 2. Cependant la position de Popper est nuancée dans la mesure où il rejette tout déterminisme aprioriste et absolu, tout en considérant que la science ne peut se passer de la recherche de lois causales précises, donc déterministes, mais qui ne peuvent jamais atteindre un déterminisme absolu. (P. Avrane, A. Picard).Psychanalyse et handicap (P. Prêtre). Ces disciples convaincus de Freud ont apporté, dans l’exégèse des phénomènes psychologiques, plus de fantaisie que d’esprit critique, de sorte qu’ils ont enveloppé d’une atmosphère mystique la doctrine freudienne. Il est naturel qu’une espèce de revirement se soit produite dans leur esprit. beaucoup de psychanalystes paraissent avoir renoncé au statut de scientificité justifiant que la psychanalyse est avant tout une « pratique » (thérapeutique) « qui se vit » avec une autre personne, « où l'on étudie des mécanismes de pensée complexes, qui sont liés au niveau intentionnel de la pensée et non au niveau syntagmatique ou au niveau causaliste minimal. Une maladie qui a la prétention de guérir les hommes[125]. Quant à Mélanie Klein, elle réfute ces critiques et reproche à sa rivale de n'être pas freudienne. - Si encore elle procédait, dans ces recherches, à l’insu du malade : mais celui-ci sait ce dont il s’agit ; il sait qu’on cherche, à travers le fouillis de ses associations d’idées, les complexes pathogènes ; la plupart du temps, il partage les émotions du chercheur, son ennui s’il ne trouve pas, sa joie lorsqu’il a trouvé, ou bien il laisse voir l’impression pénible que lui cause cette impitoyable exploration. Sans doute, ce que nous savons de la psychologie du témoignage doit nous rendre très sceptiques à l’égard des renseignements qu’un sujet examiné nous fournit ; la mythoplasticité (Dupré) du cerveau de ce sujet peut s’adapter insensiblement à certaines expectations, dont nos recherches ne sont jamais exemptes. Au sujet de la paranoïa (et de l'homosexualité), le psychiatre américain Morton Schatzman publie un ouvrage[142] dans lequel il montre que l'étude sur le Président Schreber (dans Cinq psychanalyses) et la théorie était très faible parce que le père de Schreber — « Daniel Gottlieb Moritz Schreber » — l'avait gravement persécuté dans son enfance. C’est ce qui semble résulter des remarques suivantes de Morris Lazerowitz qui très certainement admirait Wittgenstein tout en restant proche de la psychanalyse : « Il a entouré ses entretiens philosophiques d'une espèces d'aura psychanalytique. Toute tentative thérapeutique est un projet de prédiction, puisque[réf. Un type fréquent en est le complexe dit d’Œdipe : amour passionné du fils pour la mère avec haine inconsciente du père. Citation de Sartre sur l’inconscient : – L’inconscient n’est que la mauvaise foi personnifiée. On ne bâtit pas impunément un système psychologique aussi gigantesque : la Psychanalyse a été, contrainte, pour ne pas renoncer à ses ambitions, de recourir à des concepts nouveaux et vides de sens, afin de cacher son ignorance trop légitime de la nature intime des faits psychologiques. "Apostille au crépuscule. Aussi il n’est pas d’accord avec Freud et Bleuler qui considèrent l’acte de l’enfant de sucer son pouce comme un signe d’érotisme. En second lieu, cette mise à la conscience des complexes est-elle bien utile ? Ce document a été mis à jour le 20/09/2013 ». Elles n’expriment pas un désir de vie plus agréable, mais une répulsion vis-à-vis des accidents impressionnants de la réalité. D'après Stephen Frosh[96] deux thèses s'opposent et correspondent pour l'une à la destruction ; pour l'autre à une continuité de la psychanalyse durant le régime nazi. Le fait que le petit enfant touche ses organes génitaux s’expliquerait par des démangeaisons produites par la saleté. nécessaire]. on assiste à une montée de critiques à caractère moral basées sur la personne de Freud (il aurait été un « menteur », un « charlatan », un cocaïnomane) et sur ce que cela implique en termes de validité scientifique. Mais c'est en France, que s'effectua avec le plus de richesse la jonction entre l'idéal communiste et l'idée d'une subversion freudienne, avec le mouvement surréaliste et le double projet de révolution du langage et de la réalité. Dharmakīrti critique de la théorie du sphoṭa. Comment différencier les névropathes d’après cette théorie ? Son ambiguïté réside dans le fait qu'il affiche des attitudes pro-nazies, mais sauve dans le même temps des partisans. Pour Annie Fortems, Anna Freud a un « discours quasi homophobe »[140]. Il ne saurait y avoir de sens informatif caché dans ce processus ». Le rêve serait une réalisation, symbolique et détournée, de tendances refoulées. En conclusion, Hobson pense que la psychanalyse n’est qu’une pseudo-science se basant sur des élaborations « obscurantistes » et qui ne possède « aucune base empirique » solide. On peut citer Frank Sulloway, Jacques Van Rillaer, Jacques Bouveresse, Ludwig Wittgenstein[réf. Selon Mahony, « Dora », aurait été traumatisée deux fois : par son agresseur, puis par son thérapeute (Freud) : « Sans exagération aucune, le cas, sa publication et l'accueil qu'il a reçu par la suite peuvent être qualifiés d'exemple de perpétuation de sévices sexuels. Car Freud, explique Grünbaum, « avait énoncé cette règle fondamentale de l'association libre comme une maxime de recherche clinique, parce qu'il pensait que les associations régies par elle permettaient d'identifier de manière fiable les agents pathogènes inconscients de la névrose[71]. Frank Cioffi, professeur à l’Université de Princeton, s’oppose aux arguments conjugués de Karl Popper et d’Adolf Grünbaum. ». Il revendique aussi l’influence de Heidegger. Pour l'universitaire Sarah Winter, la psychanalyse, en reprenant la mythologie grecque, s'est construit une légende psychanalytique qui nie l'histoire réelle[16]. Mais cette opinion démarque la démarche freudienne de toute ressemblance avec une démarche « poppérienne » dans la mesure où Popper exigeait que tout scientifique se doit de reprendre les travaux de ses prédécesseurs pour tenter d’y apporter des corroborations (ou des réfutations) en concertation avec eux. Par exemple les effets aléatoires de la montée du nazisme et l'éclatement de la 2ème guerre mondiale qui avaient provoqué l'émigration de la plupart des premiers analystes et les développements théoriques qui leur sont dus, ce qui a néanmoins contribué aussi, et paradoxalement, à dénaturer la vision freudienne de la théorie de la libido. Freud dit lui-même qu’il ne faut pas faire de psychanalyse chez des sujets âgés de plus de cinquante ans, car “les constellations” sont alors si nombreuses et si compliquées que le reste de la vie, jusqu’à une vieillesse avancée, ne suffirait pas à les débrouiller. nécessaire] : « […] Il est difficile, ainsi, de concilier l'ambition déterministe, donc la réalité de lois causales contraignantes dans la vie psychique (y compris dans ses manifestations ordinairement considérées comme contingentes), et l'idée d'une guérison de la névrose qui remettrait entre les mains du malade quelque chose, un mécanisme sur lequel il pourrait agir, en opérant les choix (moraux ou esthétiques) dont Freud parlait la veille. La psychanalyse a tenté à plusieurs reprises de combler le fossé qu’elle avait dû creuser entre les psychonévroses et les maladies organiques pour expliquer le délire jaloux, par exemple, ne dit-elle pas que, “l’alcool annule les sublimations” ? Selon cet auteur, Freud aurait minimisé voire négligé les viols dont auraient été victimes certaines de ses patientes. Henri Ellenberger écrit : « La psychanalyse est-elle une science ? Comme le remarquent à juste raison Régis et Hesnard, il n’y a presque pas une seule notion fondamentale de la Psychanalyse de Freud qui ne puisse être retrouvée à l’état rudimentaire et dépourvue de toute interprétation dans la psychologie classique. La critique de la psychanalyse freudienne se confond partiellement avec la critique de Freud. L'ensemble de l'échafaudage psychanalytique contemporain paraît artificiel, faute de fondements théoriques et cliniques solides et par le refus de la méthode expérimentale. La névrose n’est pas, pour la psychanalyse, l’effet d’une perturbation vitale, de même que la décomposition d’un corps est l’effet de réactions chimiques ; c’est un moyen d’échapper à une réalité trop pénible. Seller Inventory # 70275 À son tour, J. J. Putnam affirme aussi que, pour comprendre ces doctrines, il faut prendre ce mot “sexuel” dans le sens le plus large possible et y faire entrer tous les sentiments affectueux et nobles, car toute la civilisation consiste uniquement dans la transformation et la sublimation de cet instinct. ». Ce lapsus illustre selon lui les interventions ponctuelles de l’inconscient dans la vie de tous les jours. En un mot, comme un processus plutôt sain que névrotique »[74]. L'ensemble de l'échafaudage psychanalytique contemporain paraît artificiel, faute de fondements théoriques et cliniques solides et par le refus de la méthode expérimentale.[réf. ». Des critiques adaptées de la psychanalyse « des origines » ou d'un noyau théorique pérenne centré autour de l'inconscient, de son déterminisme psychique, du refoulement et de la sexualité traversent les différents courants de la psychanalyse d'hier à aujourd'hui. L’association psychanalytique russe a existé au début des années 1920 et s'est éteinte dans les années 1930 car la représentation conceptuelle freudienne du sujet clivé était incompatible avec le marxisme[95]. Au-dessus des exagérations et des illusions qui déparent la Psychanalyse, se trouvent un grand nombre d’études précieuses sur les névroses, sur l’évolution de la pensée dans l’enfance, sur les diverses formes des sentiments sexuels. Elle engage son histoire depuis les origines, les projets de son père fondateur, ainsi que ceux de ses disciples. Les désirs sexuels ne sont au premier plan que chez les hommes jeunes et continents. Janet, dit-il, n’a pas fait la psychanalyse de ses sujets... s’il avait fait cette psychanalyse, il aurait forcément constaté que les défauts des fonctions génitales sont des troubles spécifiques dus aux premiers développements de la vie sexuelle des malades”. - Bref, alors que notre principe médical vis-à-vis des obsédés, comme vis-à-vis des neurasthéniques, est celui-ci : “Pas d’auto-analyse ! nécessaire]. Janet n’a pas fait de statistique précise, mais se rapproche plutôt du chiffre de Lœwenfeld et Ladame et affirme que l’on constate des souvenirs pénibles de contenu sexuel et des troubles sexuels chez les trois quarts de ces malades ; pour Janet le chiffre importe peu d’ailleurs, car il le croit fort variable. Avec Karl Popper, épistémologue, ces critiques estiment que la psychanalyse n'est pas une science issue d'une forme de recherche expérimentale. Des historiens comme Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani dans « Le dossier Freud. “Il ne faut pas, disait J.-H. Coriat, pousser l’analyse jusqu’au point où la logique et la raison sont remplacées par l’imagination de celui qui analyse”. […] Qui plus est, que les réponses du patient fussent vérité ou fantasme, elles étaient toujours déterminées psychiquement, comme Freud l'expliquait devant la Société de psychanalyse de Vienne en 1910[51]. Cette conviction refuse de s'incliner devant la croyance au déterminisme[55] » ; excluant tout « hasard » et « valable sans exception », mais aussi « aprioriste », ce qui est le trait distinctif crucial du déterminisme psychanalytique[56]. nécessaire]. Avec Janet nous admettons qu’on n’observe pas de troubles sexuels chez tous les névropathes sans exception et que les souvenirs traumatiques sexuels n’existent que chez un nombre restreint de malades. En effet, Laïus, roi de Thèbes, averti par un oracle qu’il serait tué par tout fils qu’il pourrait avoir, fit exposer Œdipe dès sa naissance sur le mont Cithéron. Ainsi le concept de névrose a été remplacé par d'autres catégories diagnostiques, comme celles des troubles anxieux et des troubles de l'adaptation dans les dernières classifications internationales (CIM-10 et DSM-IV). Mais on ne saurait nier ni l’existence des mécanismes décrits par Freud ni leur intérêt théorique et pratique, ni la légitimité de leur recherche (Régis et Hesnard). Une telle doctrine est, en effet, construite avec des notions dépourvues de toute existence démontrée, avec des mots qui se suffisent à eux-mêmes, avec des conceptions purement mystiques comparables à celles des Anciens : " fluides, essences, entités ". Download PDF. Les propres affirmations du Freud, paraissent s'accorder avec les critiques de Borch-Jacobsen et Shamdasani [106], où, après avoir décrit les « mensonges », les « assertions trompeuses », les « équivoques stylistiques » et les « silences intéressés », les auteurs soutiennent que : « […] Freud n'est plus un témoin fiable. Cette thèse est contestée par la psychanalyste Monique Schneider dans ses écrits[130].